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La Versification; Le vers: La strophe

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La Versification; Le vers: La strophe

La versification est l’ensemble des techniques employées dans l’expression poétique traditionnelle en langue française et des usages qui y règlent la pratique du vers : regroupement en strophes, jeu des rythmes et des sonorités, types formels de poèmes. Terme au contenu purement technique, la versification se distingue des arts poétiques, qui renvoient à des conceptions à la fois techniques et esthétiques de la poésie revendiquées par une personne ou un groupe.

La strophe

La strophe est un groupement régulier de vers avec, le plus souvent, un système complet de rimes et de mètres. La littérature médiévale n’utilise pas le mot de « strophe », mais celui de « laisse » : comparable à une strophe de longueur variable, la laisse utilise la même assonance, l’identité acoustique de fin de vers ne prenant en compte que la dernière voyelle prononcée (exemple : « ami, vis, prist, hardiz, dis »).

D’une façon générale, et quel que soit le nombre de vers de la strophe, il est préférable d’observer la règle de l’alternance des rimes d’une strophe à l’autre : si la première finit par un vers masculin, la seconde commencera par un vers féminin et vice versa (bien que les quatrains des sonnets ne respectent pas cette règle : souvent ABBA puis de nouveau ABBA).

Les strophes sont, dans presque tous les cas, séparées par une ligne blanche.

Noms basés sur la forme de la strophe

La dénomination d’une strophe peut se référer au rapport entre le nombre et la métrique des vers :

  • une strophe isométrique contient des vers ayant tous un même nombre de syllabes ;
  • une strophe hétérométrique, comme la stance, contient des vers ayant un nombre différent de syllabes ;
  • une strophe carrée contient un nombre de vers égal au nombre de syllabes de chaque vers (ex. : dizain en décasyllabes) ; elle donne une impression de force et de cohésion ;
  • une strophe horizontale contient un nombre de vers inférieur au nombre de syllabes de chaque vers (ex. : dizain en alexandrins) ; elle donne une impression d’étendue et de durée ;
  • une strophe verticale contient un nombre de vers supérieur au nombre de syllabes de chaque vers (ex. : dizain en octosyllabes) ; elle donne une impression de succession et de rapidité.

Si des reprises de sonorités se font d’une strophe à une autre, alors on parle :

  • de rimes inverses, quand les rimes d’une strophe se retrouvent dans un autre ordre dans la strophe suivante ;
  • de rimes concaténées, quand le dernier vers d’une strophe sert de premier vers à la strophe suivante ;
  • de rimes disjointes, quand les rimes d’une strophe ne trouvent leur équivalent que dans la strophe suivante.

Noms basés sur le nombre de vers

-Monostique (1 vers)

Le monostique (ou monostiche) est une strophe d’un seul vers. Il peut servir à composer un poème entier, comme :

Et l’unique cordeau des trompettes marines.

— Guillaume Apollinaire, Alcools, Chantre

-Distique (couplet ou deuzain) (2 vers)[modifier | modifier le code]

Le couplet est une strophe de deux vers. Ils sont par exemple utilisés pour composer un épigramme ou par séries dans des poèmes entiers.

À Bacharach il y avait une sorcière blonde
Qui faisait mourir d’amour tous les hommes à la ronde

Devant son tribunal l’évêque la fit citer
D’avance il l’absolvit à cause de sa beauté

— Guillaume Apollinaire, Alcools, La Loreley

-Tercet (3 vers)

Un tercet est une strophe de trois vers. Le schéma de rime peut être de la forme ABA ou ABB ou encore AAB. Mais seul, le tercet préfère la forme croisée ABA. Pour les autres cas, le tercet n’est pas seul et il entre dans le schéma de rimes d’un ensemble (exemple : les 2 tercets en fin de sonnet).

J’ai vécu, je suis mort. Les yeux ouverts je coule
Dans l’incommensurable abîme, sans rien voir,
Lent comme une agonie et lourd comme une foule

— Leconte de Lisle, Le dernier souvenir

-Quatrain (4 vers)

Un quatrain est une strophe de quatre vers. Les rimes des strophes de quatre vers sont croisées (ABAB) ou embrassées (ABBA), parfois plates (AABB).

Je ne vais point aux coups exposer ma bedaine
Moi qui ne suis connu ni d’Armand ni du Roi10 ;
Je veux savoir combien un poltron comme moi
Peut vivre n’étant point soldat ni capitaine.

— Charles de Vion d’Alibray, Je ne vais point aux coups exposer ma bedaine

-Quintil (5 vers)

Un quintil, ou cinquain, est une strophe de 5 vers. Il comporte le plus souvent trois rimes masculines et deux féminines ou inversement, entremêlées. Il peut aussi s’obtenir en répétant le premier vers (ou la rime du premier vers) de la strophe. La disposition AABBA remonte aux rhétoriqueurs de la fin du xve siècle.

On trouve parfois une forme layée, A12a8b8b8A12 ; c’est souvent le cas, par exemple, chez Malherbe. Chez Musset et Lamartine nous trouvons le schéma ABAAB ; c’est le quintil du xve siècle, tel qu’il apparaît chez Jean de la Taille. Chez Victor Hugo, on trouve le quintil AABAB à côté du quintil ABBAB et du schème lamartinien ABAAB. Quant à la forme ABABA choisie par Théodore de Banville, elle se retrouve chez Baudelaire sous forme layée (A12b8A12b8A12).

As-tu conçu jadis l’humain à ton image ?
Correspond-il encore à l’œuvre de l’amour ?
Il croit tout maîtriser, ce n’est pas sans dommage !
Détruisant son espace et ce qui vit autour.
L’Homme a pris ton crayon et compose à son tour !

— Philippe Jeannet, Noble création

-Sizain (6 vers)

Un sizain est une strophe de 6 vers, souvent de deux ou, plus rarement, trois types de mètres. Il consiste en deux vers à rimes plates suivis de quatre vers à rimes embrassées ou croisées (AABCCB ou AABCBC) ; c’est la forme adoptée par la stance de Malherbe. Une seule fois, chez Malherbe, nous avons le schéma ABBACC, qui est un sizain à rebours. Disposé en rhythmus tripertitus, le sizain se présente sous le schème AABAAB, sur deux rimes, ou sous la forme AABCCB, sur trois rimes ; les rhétoriqueurs ont recommandé la première de ces deux formules.

Sara, belle d’indolence
Se balance
Dans un hamac, au-dessus
Du bassin d’une fontaine
Toute pleine
D’eau puisée à l’Illyssus.

— Victor Hugo, Les Orientales, Sara la baigneuse

La strophe est dite « couée », quand le 3e et 6e vers sont courts et les autres longs. Le Moyen Âge avait inventé cette forme ; elle était encore prisée au xviie siècle, puis elle s’est fait rare, pour réapparaître avec le romantisme, d’abord chez Sainte-Beuve, puis chez Victor Hugo qui a pratiqué la strophe couée brève, avec par exemple des sizains A7A7b4C7C7b4 ; ce type de sizain convient aux sujets légers, et suscite parfois l’accent d’une mélancolie voilée. C’est la strophe couée brève qui a fait la fortune de Verlaine dans :

Les sanglots longs
Des violons
De l’automne
Blessent mon cœur
D’une langueur
Monotone.

— Paul Verlaine, Poèmes saturniens, Chanson d’automne

-Septain (7 vers)

Le septain est une strophe de 7 vers. Il possède plusieurs formes : AABCBCB chez plusieurs rhétoriqueurs, AABCBCB chez Ronsard, AABCBBC chez Vincent Voiture. Vigny a fort prisé le septain sous le schème immuable ABABCCB écrit en alexandrins : rimes croisées puis embrassées, avec une rime charnière centrale appartenant aux deux systèmes.

Parfois, on rencontre des septains construits sur deux rimes seulement. Leconte de Lisle nous livre un septain construit sur une simple alternance de rimes (ABABABA) ; il adopte aussi le schème ABAABBA, moins naïf, mais peu satisfaisant pour la symétrie. Victor Hugo, lui, recourt à un septain parfaitement symétrique (ABBABBA) ; en outre le dernier vers de sa formule est écourté.

-Huitain (8 vers)

Le huitain est une strophe de 8 vers. Lorsqu’il ressemble à une superposition de deux quatrains parallèles, comme dans la disposition ABABCDCD, on parle parfois de « faux huitain » : pour constituer ces huit vers en une unité strophique, il faudrait une marque sensible en fin de strophe ; il suffirait pour cela de répéter la même rime, en D, ou de répéter le même mot final, ou de faire du dernier vers un refrain.

L’octave italienne, dont Aristote et Torquato Tasso ont donné le modèle, suit le modèle ABABABCC. Achevé en distique, ce huitain se prêterait plus volontiers à un sujet de caractère martelé, épique.

Le huitain du xive siècle est celui de la strophe de la ballade primitive ; ce huitain roule sur des répétitions de ABABBAAB : la ballade de Guillaume de Machaut reprend trois fois cette strophe dont le 8e vers sert de refrain. Parmi les huitains du xve siècle, celui de Martial d’Auvergne nous fournit la strophe définitive de la petite ballade : ABABBCBC, où tout est variété (rimes alternées), équilibre (rimes plates au centre, servant de pivot), unité (la rime B est présente dans les deux moitiés de la strophe), symétrie nuancée (parfaite inversion du mouvement avec échange de A contre C).

Les rhétoriqueurs ont pratiqué, outre les formes déjà signalées, un huitain enlacé (AABABBCC). Le huitain romantique se signale par la rime triplée dans le schème ABABCCCB, ou encore par un huitain quadripertitus caudatus (AAAbCCCb).

-Neuvain (9 vers)

Le neuvain est une strophe de 9 vers. Le schème du neuvain, ABABACDCD, semble commencer par un quintil ABABA et se terminer par un quatrain alterné. Charles d’Orléans l’a pratiqué dans sa complainte « France, jadis on te voulait nommer… » Victor Hugo reprend ce neuvain en modifiant le quintil sous la forme ABBAB : ABBABCDCD. Césurant cette strophe après le 7e vers, Hugo répète les deux derniers vers en refrain, tout en pentasyllabes dynamiques : « Une nuit qu’on entendait la mer sans la voir » (schème : ABBABCDC*D* EFFEFCDC*D* etc.).

Chez les rhétoriqueurs, on rencontre cinq types fondamentaux de neuvain : sur deux rimes seulement, un neuvain layé est du plus ravissant effet (utilisé dans la rotrouange écartelée : A3A1B6/A3A1B6/B4B2A8), sur trois rimes et généralement en décasyllabes (ABAABBCBC), sur trois rimes et de préférence en octosyllabes (AABABBCBC), sur quatre rimes et souvent en décasyllabes (ABABCCDCD), sur quatre rimes avec des octosyllabes (ABABBCCDD) (ce dizain finit platement).

Le neuvain classique, par exemple chez Thomas Corneille, est composé d’un quatrain et d’un quintil : ABABCDCCD.

Le neuvain romantique présente un rhythmus tripertitus (AABCCBDDB). Il va sans dire que ce schème peut être écourté aux 3e6e9e vers : AAbCCbDDb. Vigny utilise un neuvain avec un schème AABBCDDCD, qui ressemble à un huitain terminé par un neuvième vers en excédent et peut donc paraître assez plat.

Le neuvain parnassien de Leconte de Lisle, construit sur trois rimes seulement, accuse plus d’exigence (ABABCCBCB) et frappe par l’impression de continuité qui se dégage de la forme de cette strophe : elle tient en grande partie à cette structure fortement nouée et symétrique ; avec C répété trois fois et B répété quatre fois, la strophe évolue entre une variété restreinte (AB*AB) et une monotonie insistante (…B/CCBCB*).

-Dizain (10 vers)

Le dizain est une strophe de 10 vers. Il est des plus heureux et convient aux grands sujets. Il est construit sur quatre ou cinq rimes. Dans les strophes hétérométriques, on rencontre généralement le mélange de deux, de trois, ou de quatre mètres. Le schéma des rimes peut être envisagé de deux manières : ABAB\\CCD\EED ou ABAB\\CC\\DEED (avec ici \\ ou \ pour une ponctuation forte ou faible).

Malherbe lui a donné un tel lustre (cf. ses odes héroïques) que la première moitié du xviie siècle fut submergée par un déluge d’odes en dizains. Distribué en ABAB\\CC\\DEED, le dizain présente les trois types possibles de successions de rimes : croisées, plates, embrassées. En outre, il est équilibré de part et d’autre d’un axe CC.

Le dizain pétrarquisant (ABABBCCDCD), qui apparaît au xvie siècle chez Maurice Scève dans sa « Délie » et chez Marguerite de Navarre, a moins d’éclat, plus de monotonie ; l’ordre de la répétition est symétriquement inversé, mais les timbres des strophes changent, comme si l’objet A, réfléchi dans une eau calme, y modifiait son coloris en B. Cette strophe sera celle de la grande ballade.

-Onzain (11 vers)

Le onzain est une strophe de 11 vers. À l’époque des rhétoriqueurs, le onzain se présente sous les formes suivantes, construites sur cinq rimes: ABABCCDDEDE ; cette forme sert tour à tour dans la ballade commune, le serventois, la sotte amoureuse, la sotie, la pastourelle, et surtout le chant royal. Un onzain batelé (AB*A*B*CC*D*D*E*D*E* ; les vers batelés sont pourvus d’astérisques) a été employé dans le cadre de la ballade baladant ou batelée. Un autre onzain batelé a, suivant les siècles, été utilisé : AB*A*B*C*C*D*D*ED*E.

Les romantiques ont essayé d’obtenir le onzain au moyen d’un dizain à rimes plates, enflé d’un vers : ABABCCCDEED ou ABABCCDEEED.

-Douzain (12 vers)

Le douzain est une strophe de 12 vers. Elle est construite sur deux rimes et quelquefois sur cinq.

À l’époque des rhétoriqueurs, le couplet de douze vers adoptait la forme prédominante AABAAB\BBABBA : c’est la douzaine croisée. Suprême raffinement, la même forme se rencontrait avec un écourtement qui frappait les vers de trois en trois à partir du second vers ; ainsi les 2e5e8e et 11e vers, à égale distance les uns des autres, se trouvaient faire écho à la rime précédente : AaBAaB\BbABbA. C’est un douzain croisé layé ou coppé (coupé).

Victor Hugo a ensuite proposé une autre forme tirée du dizain en rendant triples les deux rimes plates du dizain : ABABCCCDEEED.

-Treizain (13 vers)

Le treizain est une strophe de 13 vers..

Par l’ample mer, loin des ports et arènes
S’en vont nageant les lascives sirènes
En déployant leurs chevelures blondes,
Et de leurs voix plaisantes et sereines,
Les plus hauts mâts et plus basses carènes
Font arrêter aux plus mobiles ondes,
Et souvent perdre en tempêtes profondes ;
Ainsi la vie, à nous si délectable,
Comme sirène affectée et muable,
En ses douceurs nous enveloppe et plonge,
Tant que la Mort rompe aviron et câble,
Et puis de nous ne reste qu’une fable,
Un moins que vent, ombre, fumée et songe.

— Mellin de Saint-Gelais

-Autres formes (14 vers et plus)

Il existe, de façon plus rare, le quatorzain (14 vers), le quinzain (15 vers), le seizain (16 vers), le dix-septain (17 vers), etc. Le quatorzain ne doit pas être confondu avec le sonnet, formé de deux quatrains et de deux tercets ; et idem pour le « sonnet seizain » : dans cette forme récente, deux monostiches identiques ou du moins similaires, encadrent un sonnet.

Certains poètes ont parfois écrit des strophes très longues ; par exemple, Hommage à la vie de Jules Supervielle contient 40 vers continus, sans séparation visible.

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