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La spécificité de la philosophie africaine

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Introduction

L’ontologie hégélienne de l’homme africain pose autrement le problème de l’impossibilité de penser une sagesse typiquement africaine. En effet, selon Hegel l’homme africain demeure dans son immédiateté et dans l’état brut dans lequel ni aucune morale ni aucune philosophie n’est réalisable. Cette position, certes choquante n’aurait pourtant pas du paraître insultante pour la jeune génération d’intellectuels africains, pourtant instruite à « l’école occidentale » pour continuer «  l’œuvre civilisatrice » des premiers colons. La philosophie africaine constitue selon eux, l’ensemble des textes philosophiques écrits par ou sur les africains. « J’appelle philosophie africaine un ensemble de textes : l’ensemble, précisément, des textes écrits par des Africains et qualifiés par leurs auteurs eux-mêmes de «  philosophiques », dit Hountondji» Cette définition ne diffère pourtant point de celle de la philosophie en générale. La spécificité de la philosophie africaine consiste dans la singularité de sa méthode et de son objet. L’aire géographique que couvre la diffusion des pratiques rituelles est sans doute le véritable terrain d’étude de la sagesse africaine. Cette sagesse qui s’est nourrie de la puissance du verbe et de l’action, fait sans doute partie des plus riches du patrimoine intellectuel de l’humanité. Il serait ainsi imprudent de mesurer la valeur d’une connaissance générale par de simples critères matériels. La complexité des modes d’être des hommes enlève tout crédit à cette méthode d’analyse. En effet, le débat sur l’existence ou la non-existence d’une philosophie africaine est le pire exercice intellectuel auquel Hountondji, Tempels, Towa et les autres penseurs se sont prêtés. Marcien Towa définit l’ethnophilosophie africaine comme un système de valeurs culturelles du monde noir qui se présentent sous la forme d’une réalité qui manifeste une supériorité évidente par rapport à toutes les conditions matérielles et contingentes d’existence. Elle est formée de mythes, de légendes, de proverbes, de contes, de cosmologies et même de magies. Selon Marcien Towa : « La volonté d’être nous-mêmes, d’assumer notre destin, nous accule finalement à la nécessité de nous transformer en profondeur, de nier notre être intime pour devenir l’autre. » Par ailleurs Towa tente de démontrer qu’il est plus utile de créer une philosophie typiquement africaine que de faire revivre une vieille sagesse. Il a voulu ajuster la pensée africaine à l’ordre du monde. La nécessité du changement et de l’adaptation permet aux hommes d’enrichir leur culture et de comparer les modes de pensées. Towa s’oppose au repli de l’Afrique sur elle-même. Il pense que la science est la seule condition afin de fonder les bases d’une véritable connaissance et rendre la philosophie africaine plus rationnelle. Il explique que le hasard ne doit pas impacter les facteurs qui déterminent les conditions de l’existence. Sa critique de l’ethnophilosophie est sensée chercher l’universel dans l’histoire africaine.

Dans quelle mesure est-il possible d’étudier les sagesses africaines hors de l’histoire de la philosophie occidentale et orientale ?

Afin de résoudre cette problématique, nous développerons dans la première partie Le rapport négatif de l’Afrique à l’histoire universelle, dans la deuxième partie, les limites des penseurs africains modernes et dans la troisième partie, l’universalité des sagesses africaines.

I – Le rapport négatif de l’Afrique à l’histoire universel

L’Abbé de Saint-Pierre soutient que le christianisme est le véritable fondement culturel sur lequel la nation européenne fut bâtie. Tous les penseurs politiques s’accordent sur le principe selon lequel toute civilisation se fonde sur des références historiques et culturelles pouvant créer et entretenir des valeurs universelles. L’Afrique, dans son ensemble n’a pas pu franchir cette étape de manière élaborée. Elle est restée fermée sur elle-même, sans grand lien avec le reste du monde. Elle n’avait ni besoin de la connaissance des autres pour embrasser l’universel, ni besoin de reprendre la sienne pour servir l’humanité. C’est la raison pour laquelle elle est restée hors d l’histoire consciente et universelle au sens humaniste du terme. Cela tient non seulement à sa nature tropicale, mais aussi et surtout à sa position géographique. Ainsi Hegel évoque la chaleur comme un facteur trop contraignant à l’esprit. Il pense que ce dernier ne peut pas se libérer pour produire tant qu’il ne jouit des conditions favorables. Ces facteurs ont empêché aux européen, déjà hellénisés, romanisés et christianisés, de pénétrer à l’intérieur des terres. Les seules parties côtières du continent qui ont pu être colonisées soit par les arabes vers le nord soit par les occidentaux au sud ont très rapidement dépassé le reste du continent. Selon Hegel Chaque phase du développement de la conscience de soi de l’Esprit apparaît dans l’histoire comme un peuple réel. Elle se manifeste dans l’histoire comme l’esprit d’un peuple concrètement existant, comme un peuple réel. Elle se manifeste donc dans l’espace et le temps, à la manière d’une existence naturelle. « Le gel qui rassemble les Lapons ou la chaleur torride de l’Afrique a des forces trop puissantes par rapport à l’homme pour que l’esprit puisse se mouvoir librement parmi elles et parvienne à la richesse qui est nécessaire à la réalisation d’une forme développée de vie

En plus de cela, il pense que l’Afrique n’a pas encore quitté le stade de l’état de nature. Ce qui expliquerait selon Hegel, l’état de conflits permanents intercommunautaires dans lequel les africains ont vécu durant des siècles. Précisons toutefois que cette analyse de l’auteur concerne précisément l’Afrique noire qu’il qualifie comme étant dans un « état d’inconscience de soi ». C’est la raison pour laquelle, il ne peut y avoir d’histoire proprement dite dans cette partie du monde. Sans aucune conscience pour donner un but aux actions des hommes, les masses qui ne se réalisent pas dans une dialectique rationnelles demeurent des sujets qui se détruisent mutuellement. Un tel état serait incompatible avec l’idée du progrès et l’état de réflexion et de sagesse.

L’homme en tant qu’homme s’oppose à la nature et c’est ainsi qu’il devient homme. Mais, en tant qu’il se distingue seulement de la nature, il n’en est qu’au premier stade, et est dominé par les passions. C’est un homme à l’état brut. Pour tout le temps pendant lequel il nous est donné d’observer l’homme africain, nous le voyons dans l’état de sauvagerie et de barbarie, et aujourd’hui encore il est resté tel. Le nègre représente l’homme naturel dans toute sa barbarie et son absence de discipline. Pour le comprendre, nous devons abandonner toutes nos façons de voir européennes. Nous ne devons penser ni à un Dieu spirituel ni à une loi morale ; nous devons faire abstraction de tout esprit de respect et de moralité, de tout ce qui s’appelle sentiment, si nous voulons saisir sa nature. Tout cela, en effet, manque à l’homme qui en est au stade de l’immédiateté : on ne peut rien trouver dans son caractère qui s’accorde à l’humain. C’est précisément pour cette raison que nous ne pouvons vraiment nous identifier, par le sentiment, à sa nature, de la même façon que nous ne pouvons-nous identifier à celle d’un chien, ou à celle d’un Grec qui s’agenouillait devant l’image de Zeus.

D’une façon générale, nous devons dire que, dans l’Afrique intérieure, la conscience n’est pas encore arrivée à l’intuition de quelque chose de solidement objectif, d’une objectivité. Par objectivité solide, il faut entendre Dieu, l’éternel, le juste, la nature, les choses naturelles. […] Les Africains, en revanche, ne sont pas encore parvenus à cette reconnaissance de l’universel. Leur nature est le repliement en soi. Ce que nous appelons religion, Etat, réalité existant en soi et pour soi, valable absolument, tout cela n’existe pas encore pour eux. Les abondantes relations des missionnaires mettent ce fait hors de doute.

Ce qui caractérise en effet les nègres, c’est précisément que leur conscience n’est pas parvenue à la contemplation d’une quelconque objectivité solide, comme par exemple Dieu, la loi, à laquelle puisse adhérer la volonté de l’homme, et par laquelle il puisse parvenir à l’intuition de sa propre essence. Dans son unité indifférenciée et concentrée, l’Africain n’en est pas encore arrivé à la distinction entre lui, individu singulier, et son universalité essentielle ; d’où il suit que la connaissance d’un être absolu, qui serait autre que le moi et supérieur à lui, manque absolument. On ne parle donc pas d’une adoration spirituelle de Dieu, ni d’une souveraineté de droit. La religion nègre ignorant un être objectif en soi consistant et différent d’eux n’est qu’une magie, l’homme y est la puissance la plus haute. C’est cette puissance qu’ils se représentent, ils l’extériorisent et en font des images. Les magiciens n’ont aucune conscience d’un Etre supérieur, le nègre est, pour Hegel, un être amoral. Tout ce que les nègres ont de véritablement élevé se réduit selon lui, au culte des morts bien qu’ils ne considèrent pas la puissance des morts comme supérieure à celle des vivants.

Le pouvoir vers lequel se tournent ces hommes n’est pas un pouvoir supérieur, puisqu’ils croient produire eux-mêmes ces effets. Pour se préparer, ils se mettent dans un état d’enthousiasme extraordinaire. « Avec des chants et des danses furieuses, en mangeant des racines et en buvant des liquides enivrants, ils se mettent dans un état de transe extrême et profèrent alors leurs commandements. L’homme se considère comme l’entité suprême qui a le pouvoir de commander ».

Le fétiche reste en leur pouvoir. Cela veut dire que leur dieu reste en leur pouvoir. Ils le créent et le déposent à plaisir. Un tel fétiche n’a ni une autonomie religieuse encore moins une autonomie artistique. Il reste une pure créature qui exprime «  l’arbitraire du créateur et qui demeure toujours entre ses mains ». Le degré de conscience de la nature auquel les nègres sont parvenus, n’est pas, en effet, la conscience de Dieu comme Esprit, c’est-à-dire comme « quelque chose qui est en soi et pour soi supérieur à la nature ». Les africains, de ce fait, sont superstitieux. La superstition est le fait de penser que dans tout être, dans tout animal, dans toute pierre, il y a une force vitale, il y a une vie, il y a quelque chose de sacré. Dans les religions traditionnelles, on croit à cela. Mais ce n’est pas une superstition, c’est une croyance.

II – Les limites des penseurs africains modernes

La réaction des intellectuels africains, en particulier ceux de l’Afrique centrale s’est inscrite aux lendemains des indépendances dans une dynamique réactionnaire vis-à-vis des théories d’Hegel. Cette approche a orienté l’objet des recherches de la jeune génération d’intellectuels africains vers l’existence ou la non-existence d’une philosophie typiquement africaine. Le moindre niveau auquel les penseurs ont entraîné l’une des plus vieilles sagesse de l’histoire de la pensée a fait dériver la question de son universalité vers un débat autour de la philosophie de l’histoire d’Hegel. La philosophie africaine aurait dû s’inscrire dans la logique d’une histoire de la pensée. Elle aurait dû prendre en compte la liberté et la raison comme critérium de l’universalité de l’histoire. La réflexion réactionnaire qu’à produit le sentiment de subjectivité irrationnel des intellectuels africains n’a jamais pu être à la hauteur d’une réelle autocritique. L’honneur du modèle philosophique occidental se trouve dans ses principes de critique et d’autocritique. Depuis Platon jusqu’à nos jours la construction de la société occidentale s’est faite autour de l’idée d’une raison absolue et de l’idée d’une liberté comme fondement et but de l’évolution de l’humanité. La majorité des intellectuels africains refuse de reconnaître la dialectique de la lutte des classes comme principal moteur de l’histoire. Elle ne reconnaît pas le travail comme une réalité ontologique indispensable à la liberté. Elle n’admet pas la liberté comme une nécessité à conquérir et dont l’enjeu transcende la mort. Au début du chapitre 4 de la phénoménologie de l’esprit, Hegel nous explique par une mythologie anthropologique, comment les consciences luttent pour la reconnaissance, au risque de mourir. La peur de la mort et l’amour inconditionnel pour la vie, mène à la soumission à l’autre. En se soumettant pourtant à son maître, l’esclave peut toujours changer sa condition par le travail qui transforme son maître en esclave. La lutte par le travail ou par le combat est le contraire de l’oisiveté dans laquelle les sociétés africaines se sont longtemps conformées. La lutte est le principe par lequel une classe renverse un système qu’il juge injuste et oppressant afin d’établir la justice et l’ordre qu’elle juge nécessaire à sa condition. Ce changement permet de réorganiser les institutions et de revoir le modèle social. Balandier démontre comment le mouvement met les structures sociales en contradiction pour produire une dialectique sociale : « La démarche dynamiste entend saisir la dynamique des structures tout autant que le système des relations qui les constituent, c’est-à-dire prendre en considération les incompatibilités, les contradictions, les tensions et le mouvement inhérent à toute société »

L’histoire de l’humanité, selon Hegel, n’est pas l’œuvre de tous les peuples, seuls les Asiatiques et les Occidentaux en sont les principaux acteurs. L’histoire universelle ne se déroule dans une communauté repliée sur elle-même. L’interconnexion entre les nations est l’une des conditions de la marche universelle de l’histoire. Le but final de la marche de cette histoire est le triomphe de la raison et de la liberté. L’histoire des peuples s’analyse sur le seul critérium de l’esprit qui se matérialise en ceux qui conduisent le sujet universel vers son effectivité. La pensée hégélienne met dos à dos le réel et l’ordinaire. Le premier signifie non pas tout ce qui existe apparemment, mais ce qui existe sous une forme concordante avec les normes de la raison. Ce réel est fondé sur une structure intelligible absolue. Tout ce qui existe n’est réel que parce qu’il agit comme un « soi » à travers toutes les relations contradictoires constituant son existence. Le domaine de prédilection de l’esprit est le milieu ayant déjà conquis sa réalité et sa rationalité qui veulent dire la même chose. La fonction des sujets de l’histoire consiste à associer sa singularité à la généralité universelle. Si l’histoire universelle est la marche graduelle de l’esprit, la liberté constitue l’essence de l’existence des peuples. Contrairement aux philosophes occidentaux, les penseurs africains n’ont jamais voulu rentrer en contradiction vis-à-vis de leur société. Ils cherchent inlassablement à défendre leur mode de vie sans jamais poser les bases d’une véritable autocritique. La pensée moderne africaine est essentiellement calquée sur celle de l’occident. Elle n’a rien d’authentique et ne permet pas de découvrir la première forme authentique des sagesses noires. L’esprit africain n’est pas prêt pour subir la violence de la critique et observer les règles de la dialectique. Il ne peut exister que dans un cadre de réflexion déjà établi. La pensée occidentale et celle asiatique sont les référentiels de l’histoire de la philosophie africaine. Il s’agit bien sûr de la philosophie telle que les premiers intellectuels africains l’ont apprise dans les écoles occidentale et contre laquelle ils réagissent. L’anthropologie et l’ethnologie ont posé les fondements d’une réelle réflexion sur l’homme africain. La philosophie n’a pas suivi cette démarche et est restée dans l’abstrait. Les penseurs africains modernes ont refusé de prendre en considération l’idée de la raison et de la liberté comme fondement de la civilisation. Les africains sont les seuls peuples à accepter l’esclavage et à s’être vendus aux autres peuples. Des travaux récents en histoire ont démontré que ni l’esclavage ni la colonisation n’auraient eu lieu si les sociétés africaines n’étaient pas d’essence esclavagiste. Le droit africain précolonial en général n’avait pour objet ni la protection de la vie ni la justice social. Il ne considérait pas la vie humaine comme sacrée. La tâche de notre philosophie aurait dû commencer par la correction de cette erreur. Elle aurait dû démontrer que le droit et la politique ont détruit les plus grandes valeurs humanistes du vieux continent. Les théories d’Hegel auraient dû servir aux philosophes africains de démontrer qu’il existe bien une sagesse universelle africaine au-delà du gouffre politique et institutionnel dans lequel certains ont entraîné la mémoire de nos anciens sages. Les plus grands penseurs africains ont voulu combattre les théories d’Hegel sans chercher à comprendre le fond de sa pensée. Ils n’ont fait que nier la liberté comme inhérente à l’homme sous prétexte qu’Hegel soutient que tout homme et tout peuple jouit au début d’une liberté qui fait partie de son essence propre. Cette liberté immédiate n’est effective que lorsqu’elle est transformée en une liberté « pour soi ». Il pense que la liberté que connaît le peuple africain n’est pas effective car n’ayant pour contenu la réalisation de la liberté effective. La question n’est pas de savoir si l’histoire commence avec l’écriture ou s’il peut exister d’autres critères d’analyser le passé. Sur cette question, la plupart des penseurs de la postmodernité soutiennent que l’écriture n’est pas la seule mesure de la civilisation. Toutes les civilisations comportent les meilleurs et les pires des actions des hommes qui en sont les auteurs. Chaque société hérite ainsi de ce que l’Homme a de meilleur et de pire. L’argument le plus crédible de l’histoire sélective reste la question de la participation positive ou négative des civilisations à la construction de l’humanité. Les peuples qui ont sacrifié leurs enfants sur des autels ou pour le dieu-soleil ne deviennent des barbares que lorsqu’un autre peuple plus civilisé arrive à juger immoral ou à combattre cette action au nom de l’humanité. L’humanisme est la participation active des peuples et des hommes à l’universel.

III – L’universalité des sagesses africaines

Les premières formes de pensées africaines issues des religions primitives ont jeté les bases des plus vieilles civilisations de l’humanité. Malgré qu’à ce stade nous ne puissions parler de culture universelle, nous pouvons sans contredit affirmer que les croyances anciennes du vieux continent considéraient l’homme comme moyen et fin de toutes les questions philosophiques. Elles ont ainsi permis d’harmoniser les rapports sociaux interindividuels par des liens ethniques. C’est à tort que Lucien Lévy-Bruhl étudia l’homme africain dans son ouvrage, Les fonctions mentales dans les sociétés inférieures, paru en 1910. La pratique du culte des ancêtres permet d’établir un passage entre la vie et la mort que les sages considéraient comme une autre vie. La possibilité d’envisager la mort comme un simple périple au cours duquel les âmes restent et veillent sur les vivants fut à l’origine des lois morales et de la métaphysique. L’animisme et le totémisme instituèrent l’harmonie entre l’homme et la nature par le respect de toutes les formes de vie. La nature de l’homme n’était pourtant pas l’objet de l’ontologie chez les anciens africains. Ceux-ci considéraient l’homme comme une partie de la nature dont dépend son existence. L’homme ne peut pas vivre hors de la nature et indépendamment des autres. La pratique vaudou traduit ainsi l’une des formes les plus avancées des croyances occultes et originales des anciennes tribus du Dahomey. Elle est fondée sur un ensemble de connaissances, de cultes, de danses et de philosophies dont le but est la réconciliation de l’homme avec les forces divines. Les enseignements de cette sagesse ont longtemps façonné les anciennes structures politiques et les anciens ordres judiciaires. La tradition orale fut longtemps le moyen de conservation des connaissances et des savoirs faire chez tous les peuples avant l’invention des premières formes d’écriture. Elle permit aux premières civilisations africaines et américaines de conserver et de transmettre leurs sagesses de siècle en siècle. L’harmonie sociale et le respect de toutes les formes de vie, aussi bien animale que végétale constituent le fondement de cette sagesse en générale. La construction et l’évolution du concept d’homme dans les cultures anciennes africaines se sont toujours orientées vers l’idée d’une appartenance de chaque individu à un projet global. Le retard industriel et l’absence de l’idée du droit sont les principaux facteurs qui ont mis l’Afrique à la touche du concert des peuples. Cela ne veut pourtant pas dire que jamais dans son histoire, le continent n’a eu des moments de gloire. Mais qu’elle qu’il n’a pas participé à l’échelle universelle et humaine à la pensée universelle et humaniste en tant que structure politique ou État. Il est toutefois possible de considérer les civilisations africaines en d’autres termes que celui du droit et de l’Etat. L’esclavage patriarcal a empêché les sociétés africaines de réaliser des structures politiques avancées et complexes. Les premières aristocraties avaient juste le privilège de maintenir l’équilibre social et politique par l’organisation des grandes familles en classes privilégiées. La contradiction entre le droit et l’ordre politique a longtemps constitué le problème principal de l’émergence de l’idée de liberté politique et de justice. Les sociétés africaines n’ont jamais pu combiner la chose politique avec les individualités humaines et sociales. L’esclavage a ainsi été une affaire privée et un phénomène social sans aucun rapport avec les institutions politiques. Durkheim remarque que l’Etat est avant tout un organe de réflexion et de justice sociale. C’est par lui que s’organise la justice du pays. L’autorité dont jouissent les structures de l’Etat n’est légitime que lorsqu’elle répond aux besoins essentiels de la vie des hommes. Leur autorité va au-delà de la simple fonction militaire. Elle est intimement liée à l’idée du bien supérieur collectif et à la morale. Or aucun historien n’a pu démontrer que les premières sociétés africaines n’avaient pas établi des règles morales comme normes sociales. La véritable problématique est la question de l’universalité de cette morale. Les formes de connaissances scientifiques que les africains ont développé tout au long de leur histoire sont les mêmes que les autres peuples ont connues. L’Occident a su protéger la propriété au même titre que la vie. Ce progrès juridique a transformé radicalement la nature du contrat social de ces sociétés qui l’intègrent à tous les aspects de leur vie. Ce principe a fait défaut dans la plupart des sociétés africaine. Il n’a pas été mis en valeur autant qu’il aurait dû l’être. Certes aucune sagesse africaine n’autorisait le vol, mais elles ne sont pas parvenues à instituer la propriété privée comme le fondement de tout contrat social. Les familles sont restées longtemps maîtresses des jeux politiques. La persistance de la culture des armées tribales et du droit féodal a empêché à l’Afrique de connaître la renaissance que l’Occident a connue. C’est la raison pour laquelle les connaissances et les valeurs humaines de ces civilisations sont restées dans les familles et les clans. En effet, les anciens ont toujours considéré la vie humaine comme sacrée et essentiellement lié au destin des hommes. Dans la langue bambara par exemple le concept de « Mogoya » signifie la « Bonne humanité ». Il ne renvoie pas à un simple principe philosophique à l’instar de l’humanisme transalpin mais à la bonté humaine. Les maximes qui sont à la base de la sagesse africaine mettent toujours les hommes au sommet de tous les autres aspects de la condition sociale. Les rites d’initiations qui caractérisaient les cérémonies religieuses avaient pour but de réaliser le bonheur de l’homme dans la société en établissant une véritable harmonie entre les vivants et les morts, entre l’homme et la femme et entre la vie et la mort. L’animisme constitue l’une des premières formes de pratique religieuse. Il implique que tous les végétaux et les animaux sont animés au même titre que l’homme. Selon cette doctrine philosophique et religieuse, l’âme et l’esprit occupent la totalité de toutes les formes de vie. Cette conscience est le point de départ d’une philosophie dont les hommes n’en sont pas les seuls objets. Elle considère l’homme comme une partie de l’ensemble de la nature. Cette interconnexion entre les vivants est aussi le fondement d’une philosophie de l’environnement et de la responsabilité de l’homme vis-à-vis des autres formes de vie. Les totems traduisent l’idée de cette responsabilité écologique de l’homme. L’interdiction pour certains groupes sociaux de manger la chaire de certains animaux a permis pendant longtemps de préserver beaucoup d’espèces d’animaux. Le respect pour la vie est un engagement philosophique qui détermina les rapports entre les hommes dans la société et ceux des hommes avec les animaux dans la nature.

Le « Sinankunya » est un concept philosophique mandingue dont le but de la pratique est de pacifier les rapports entre les différentes ethnies. Il signifie la «Relation pacifique inconditionnel entre des groupes ethniques ». Il implique un respect inconditionnel entre certaines ethnies qui ont des obligations morales les unes envers les autres. En effet, ce sont les chansons et les contes qui ont permis de conserver ces grandes valeurs humaines. La musique africaine est un répertoire de concepts et de maximes philosophiques. C’est par cette conscience qu’est concevable la véritable philosophie africaine.

Conclusion

Les sagesses africaines constituent le véritable terrain sur lequel l’histoire de la philosophie africaine s’écrit. Elles sont les produits des connaissances théoriques et pratiques sur l’homme et son milieu naturel qu’est la société. Ainsi, le problème de méthode qu’a suscité le débat entre certains penseurs n’est pas assez pertinent pour discréditer le caractère universel de la philosophie africaine.

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